le tilleul du soir jean anglade

Par Didier Debroux – 4 juin 2014

La confrontation des mondes: les médecins de campagne, mais les vrais, ceux qui parcourent des kilomètres en voitures pour aller, avec leur valisette, dans les fermes isolées de cette campagne sauvage et profonde; la paysanne, mais la vraie, celle qui après la mort du vieux, le départ des enfants, est restée dans sa ferme entourée de bêtes, qui n’a d’autre horizon que son lopin de terre. « La vieillesse arrive brusquement, comme la neige. Un matin, au réveil, on s’aperçoit que tout est blanc ». Et là, faut peut-être choisir… La maison de retraire, aller « chez les vieux ». Là où commence une autre vie…

L’histoire? Celle de Mathilde, une paysanne âgée d’un village auvergnat abandonné, qui se laisse convaincre par son médecin de rejoindre le « Doux Repos », une maison de repos d’Entraygues, une cité fort accueillante à l’encontre des centaines de pensionnaires. Elle a dit au revoir à ses poules, rangé ses affaires dans son baluchon, fermé les volets de sa maison. Prête pour l’ultime aventure: activités ludiques, repas à heures fixes, nouveaux compagnons et service impeccable ! Pour Mathilde, qui a toujours vécu au fil des saisons, cohabiter avec les angoisses et les lubies de Lulu, Mauricette et autres édentés, relève d’une expérience stupéfiante et drolatique ! Car pour elle, digne et bonhomme, si l’âge est bien là, la vie frémit, toujours…Elle y fait, néanmoins, son nid parmi des gens encore valides et qui n’hésitent pas à aller boire des canons au bistrot, puis il y a ceux qui deviennent invalides, qui perdent un peu la notion de la réalité. Mais, tous, ou presque tous, se résignent à ne plus recevoir de visites de leurs proches ou font croire à la très prochaine arrivée d’un fils, d’une nièce ou d’un petit-fils.

Au-delà du spectre de la mort qui hante, il y a l’humour caustique, acerbe, franc; il y aussi la tendresse, les chamailleries… qui animent les journées au « Doux Repos ». Tout aussi émouvant que tragi-comique, « Le tilleul du soir » se révèle un petit bijou d’observation de l’être humain en ce qu’il a de bon, de moins bon et, parfois, de franchement détestable.

On se marre, on s’émeut, au fil de cette savoureuse galerie de portraits. Le ton est juste, sans pathos, l’analyse toute subtile de ce sentiment étrange que celui de vieillir, de la peur de la mort, de la crainte de l’hospice. Sous une plume tendre, fine, rilleuse, bouleversante, Jean Anglade réussit une merveille. Bref, un régal!

Parution le 3 avril 2014
256 pages

Retrouvez ce roman sur le site de l’éditeur Presse de la Cité

Jean Anglade a à son actif plus d’une centaine d’ouvrages (biographies, nouvelles, essais, romans…) qui couronnent une œuvre remarquable, humaniste et fidèle à ses deux plus grandes inspirations, l’Auvergne et l’humain.

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