Florent Oiseau publie son quatrième roman, sans doute le plus abouti. Il y brosse le portrait d’un perdant magnifique, observateur invétéré du petit univers qui l’entoure.
LireLouis veut partir David Fortems
Par Dominique de Poucques – 8 septembre 2020
Belle réussite que ce premier roman, qui explore la relation entre un père et son fils. Après la disparition tragique de Louis, Pascal part à la rencontre de ceux qui ont jalonné son existence, mais dont il ne savait rien. Père présent, aimant, Pascal ne manquait pourtant pas d’intérêt pour ce fils qu’il a élevé seul. Il reconnaissait le bruit de ses pas entre mille, pouvait deviner un sourire dans sa voix. Il se remémore maintenant dans le détail chacun des instants partagés, le peu de phrases échangées, qui semblaient pourtant leur suffire. Pourquoi son enfant a-t-il choisi de renoncer à vivre, et pourquoi lui n’a-t-il rien décelé de cette détresse ? Peut-être a-t-il seulement manqué de mots, évité trop souvent les questions. Peut-être aussi est-il né dans une contrée où peu de choix sont offerts à ceux qui y vivent, où les existences sont préétablies, installées, où rares sont les bifurcations. Les rails tracés permettent de ne pas s’interroger, de vivre entre la confiance en la stabilité et la résignation qui en découle. Chaque personne interrogée par Pascal se livre sans retenue, dévoilant ses propres blessures, et vient ajouter une pièce au puzzle de la vie de Louis. La vérité qui surgit, parfois crue, laisse le père déconcerté. Pour autant, il ne bascule pas dans le jugement, il cherche seulement à comprendre.
L’écriture est franche, mais aussi souvent remplie de joliesse et de poésie : « Tout deuil est une éclipse. Alors que luit le soleil, soudain, une lune noire vient obscurcir le jour. L’éclipse, en elle-même, ne dure qu’un temps, mais assez pour faire lever la tête vers le ciel. Puis, progressivement, la vie reprend son cours, les jours se succèdent, nuit, jour, nuit, jour, et l’ombre qui prolongeait l’existence s’en va. Le seul changement, c’est que derrière, tu laisses une part de toi. Tu survis, sans jamais plus être tout à fait entier. Vivre, c’est avant tout se fragmenter. » Le jeune auteur situe son roman dans ses Ardennes d’origine, entre les méandres de la Meuse, une région qui survit tant bien que mal à la désindustrialisation et pour laquelle il ne cache pas son attachement. Ses personnages sonnent vrai, surnageant dans un milieu trop étriqué. Il y a de la sincérité dans le récit, et le tout fait penser que David Fortems n’en a sans doute pas fini avec l’écriture.
Retrouvez ce roman sur le site de l’éditeur Robert Laffont
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