De son écriture brillante, teintée d’ironie, Mazarine Pingeot analyse les mécanismes du groupe, démontant les clichés sociétaux, interrogeant la dictature du ressenti propre à notre époque.
LireParis – Briançon Philippe Besson
Par Dominique de Poucques – 20 octobre 2022
Philippe Besson démontre cette fois encore son redoutable don d’observation dans ce roman se déroulant à huis clos, dans le décor d’un train de nuit. D’emblée, le lecteur est prévenu : un drame aura lieu. Une légère tension est palpable dès le début, qui ira grandissant. L’auteur se concentre sur une dizaine de voyageurs qu’il observe évoluer dans ce lieu fermé. Chacun a choisi ce moyen de transport aujourd’hui désuet, en totale contradiction avec notre époque, pour des raisons différentes, de manière plus ou moins volontaire. Pour l’écrivain, la promiscuité et la durée du voyage sont un formidable prétexte à créer des relations inenvisageables dans un contexte différent. Ici, les barrières tombent, des liens singuliers se tissent le temps d’une nuit entre des êtres que rien n’aurait dû rassembler. Un des personnages l’énonce clairement : « On n’a plus nos repères, et du coup on se lâche, on ne fait plus attention. »
Le narrateur omniscient scrute et analyse avec lucidité nos comportements universels : un certain goût pour le drame, le besoin de vivre à toute vitesse, notre présence virtuelle constante et l’exposition outrancière des événements anodins ou horrifiques de l’existence. Il voit clair en l’être humain et parvient à éviter la caricature. Au passage, il livre une jolie description de la jeunesse : « Ils n’ont pas vraiment de passé, ou l’ont déjà oublié. […] Ils ne songent pas à leur avenir. Pour eux, le temps des contraintes n’est pas encore venu, avec son cortège de devoirs, de normes, ou d’inquiétudes. Ils peuvent encore se laisser guider par la légèreté, s’adonner à l’indolence, céder à l’optimisme. Ils peuvent encore croire le bonheur possible et partir à sa recherche. Ainsi, seul compte l’instant présent. »
Besson est fidèle à son style, le choix des mots est précis, le ton juste, un rien désabusé. Le moment est agréable, comme un long voyage en train que l’on aborderait tranquillement.
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