Cet été-là William Trévor

Par Didier Debroux – 20 octobre 2013

Observateur pénétrant des choses humaines, écrivain limpide et économe, tel se révèle William Trevor. En témoigne Cet été-là, au centre duquel scintille un amour fugitif, clandestin et déchirant. Souvent comparé à Tchekhov pour ce qu’il nous dit des êtres, de leur époque et de leur condition; l’auteur nous emmène dans un petit bourg au coeur de la campagne irlandaise où rien ne se passe, ou presque. La routine des tâches, les vies rivées aux habitudes n’empêchent, néanmoins, ni les rêves ni les désirs.

Tel un photographe en mode sépia, Trevor plante le décor et les personnages. On y croise la nouvelle patronne de la pension de famille, son frère, un vieux fou égaré, témoin des temps anciens, un fermier veuf remarié avec Ellie, jeune domestique épousée par commodité et habitude. Ellie n’est ni heureuse, ni malheureuse, la question ne s’est jamais posée à celle qui n’a jamais eu à choisir sa vie. Mais cet été-là, un jeune dilettante passe dans le village à vélo… 

C’est donc l’histoire d’une rencontre, d’un amour d’été bref et déchirant. On est à Rathmoye, dans les années cinquante. Enfant trouvée, Ellie a été élevée par des religieuses et placée chez le fermier Dillahan qui finira par l’épousée. Tout bascule lorsqu’elle croise Florian Kilderry à l’enterrement de la riche Mrs Connulty. Le jeune homme photographie les lieux, le cortège du deuil, le cimetière. Elle tombe amoureuse, se prend à rêver que Florian va l’arracher à son quotidien monotone, à la tendresse d’un mari qui la traite bien mais qu’elle n’a pas vraiment choisi. Épris lui aussi, Florian, depuis peu orphelin, n’a pourtant qu’une idée en tête : quitter l’Irlande, prendre un nouveau départ ailleurs. Il n’est que de passage…

Une main sur une clenche, de la poussière qu’on balaie, un verrou tiré, des œufs ramassés dans le poulailler, du linge qu’on étend après l’avoir lavé : les émotions sont d’abord filtrées par les gestes, puis l’auteur les énonce.

Sans jamais s’appesantir, sans prolonger la visite plus qu’il ne faut, il passe d’un personnage à l’autre, adopte à chaque fois un point de vue différent, revient à Ellie (son héroïne), rejoint Florian, s’en va vers d’autres horizons

Pudeur, finesse, William Trevor excelle à faire parler les silences, dans une nature harmonieuse, qui inspire à ces hommes et ces femmes aussi modestes qu’admirables, une sagesse bouleversante. Bref, un régal!

Traducteur Bruno Boudard
Parution le 5 avril 2012
256 pages

Retrouvez ce roman sur le site de l’éditeur Phébus

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