La maltraitance des enfants placés en institution scolaire ou religieuse a fait couler beaucoup d’encre. Maud Simonnot traite le sujet avec délicatesse, d’une écriture franche et belle.
LireCe genre de petites choses Claire Keegan
Par Dominique de Poucques – 08 septembre 2021
Claire Keegan, écrivaine irlandaise largement primée, revient sur le triste passé de son pays qui jusqu’en 1998 enfermait les filles mères, les séparant de leurs bébés et les réduisant pratiquement à l’esclavage. Les premières pages laissent à penser que le récit se situe au début du siècle passé ; pourtant c’est dans les années 80 que l’auteure ancre son histoire. Dès le premier paragraphe, elle conquiert son lecteur par la poésie de son écriture : « En octobre il y eut des arbres jaunes. Puis les pendules reculèrent d’une heure et les vents de novembre arrivèrent et soufflèrent, perpétuels, et dépouillèrent les arbres. Dans la ville de New Ross, les cheminées crachaient de la fumée qui retombait en mèches échevelées, étirées, avant de se dissiper le long des quais, et bientôt la rivière, aussi sombre que la bière brune, se gonfla de pluie. »
Bill Furlong vend du bois et du charbon. Son entreprise est prospère, aidée en cela par un hiver particulièrement rude. Il vit néanmoins dans une maison pleine de courants d’air, qu’il espère pouvoir isoler l’année suivante, pour peu que les affaires continuent à bien tourner. Marié et père de cinq filles, il vit son existence selon une routine bien rôdée entre ses livraisons. Chaque dimanche le voit se rendre à l’église. En cette période proche de Noël, un nouveau sentiment s’insinue en lui, étrange et lancinant, quelque chose entre la nostalgie de ce qui n’est plus et l’inquiétude de ce qui pourrait ne plus être. Son épouse Eileen lui remet pourtant rapidement les pieds sur terre : « Réfléchir ne sert qu’à nous décourager », assène-t-elle sans état d’âme. Mais les origines de Furlong le poussent à penser différemment. Sa propre histoire et ses blessures d’enfance le rendent incapable de fermer les yeux quand le reste de la communauté choisit de regarder vers le côté opposé à la douleur d’autrui, matérialisée en une jeune femme en détresse. Il fait alors des choix dont il sait qu’ils bouleverseront toute son existence, déjà convaincu d’en payer un jour le prix, mais empli du bonheur de faire le Bien.
Claire Keegan réussit le pari de parler de ce sujet sombre avec une réelle délicatesse. Elle oppose un environnement brut et froid à la joliesse de la nature et des petites choses qui remplissent une vie. Il en découle un intense plaisir de lecture, renforcé par une traduction remarquable.
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