Les ballons d'hélium Grégoire polet
Par Didier Debroux – 28 février 2012
Au-delà de l’amour, l’humanité !
Grégoire Polet analyse le sentiment de la perte amoureuse
A l’ombre de la Sagrada de Familia, où il vit depuis quelques années, Grégoire Polet poursuit son exploration du monde, de l’homme, et de l’existence. Il bâtit, à l’instar de cette cathédrale en mouvement perpétuel et dont Gaudi avait prévu qu’elle ne puisse s’achever, une œuvre littéraire riche et exigeante.
Chevelure vénitienne ébouriffée, barbe légère, l’écrivain se joue des codes. Regard vif, pénétrant, le verbe acéré, il slalome entre l’intime et l’absolu, conjugue légèreté et densité, s’emballe parfois à l’évocation des « Ballons d’hélium », son cinquième roman, qui sonde les arcanes de l’amour, du coup foudre et de la possibilité d’exister malgré l’absence.
Tel un peintre pointilliste, il déploie sa perspective, use de métaphores. De sa plume ciselée, précise ; de cette écriture « à l’os », c’est la conscience humaine que Grégoire Polet tente de cerner.
Qui est Ariana ?
« Le personnage central du roman. Une jeune Espagnole qui vit à Bruxelles avec son mari norvégien, Axel, et leurs deux enfants. Quelques années plus tôt, elle a été violement marquée par une liaison amoureuse. Une relation intense, furtive, brève, à Zurich, avec un homme d’âge mûr, Roland. Dix jours de passion absolue au terme desquels il s’est effacé sans explication».
Cette blessure va-t-elle modifier sa vision de l’Homme?
«Malgré l’affection de sa famille, cette blessure s’inscrit en elle comme un venin qui s’inocule lentement dans sa perception du monde et des autres. Elle perçoit le sentiment amoureux comme un vertige qui l’entraîne vers un désir de profonde intériorité ».
Au point d’envisager le pire ?
«Effectivement ! Avec le temps, l’absence de l’être aimé se révèle une quête obsessionnelle. Sa résistance au quotidien s’effrite, éclate. Au point de sortir de l’espace temporel, d’être déconnectée de la réalité matérielle. Au point aussi de vouloir emporter ses enfants avec elle dans la mort ».
Vos livres se révèlent plus denses, concentrés…
«Enfant, j’ai été marqué par les peintres primitifs flamands. Une toile peut être embrassée d’un regard superficiel. Toutefois, si l’on s’attarde aux détails, on découvre alors de nouvelles clés, des grilles de lecture différentes. C’est dans cet esprit que j’ai rédigé les « Ballons d’Hélium » qui est aussi un roman d’amour».
Un roman d’amour ou le roman de l’Amour ?
« Dès l’instant où l’objet de sa recherche est son amour disparu, Ariana ne peut plus concevoir l’amour autrement que sous une forme mystique, universelle ».
Vous opposez la spiritualité et la matérialité. Peut-on y voir un lien avec l’actualité ?
«Certainement ! Le monde connaît actuellement des bouleversements fondamentaux auxquels l’Homme ne peut rester sourd. La réalité matérielle se révèle sans issue. Le futur sera spirituel et s’inscrit dans une longue évolution de l’humanité vers plus d’épanouissement ».
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