Ce voyage vital et farfelu, conté de manière tendre et espiègle, fait un bien joli roman
LireVent debout Aurélie Giustizia
Par Dominique de Poucques – 26 novembre 2021
Il est probablement le livre le plus particulier de l’année qui s’achève. C’est un roman OVNI, écrit à la première personne. Léonie raconte comment dès sa naissance elle a dû faire face à un monde qui n’avait pas prévu de lui octroyer le moindre fragment de beauté ou de grâce, la privant d’emblée de toute affection. Ses yeux sombres absorbant la lumière, décourageant tout élan ou attention à son égard, elle attaque son existence privée de l’équipement de base : une famille, de l’amour. Commence une vie d’errance. D’abord à l’orphelinat, puis dans un semblant de famille alors qu’elle est tardivement adoptée par un couple de malvoyants, seuls capables de passer au-dessus de son étrange physionomie. Un de ses rares plaisirs est de traîner dans une maison de retraite, entourée de vieillards avec lesquels elle se trouve des points communs : « On enferme les enfants parce qu’ils n’y connaissent rien mais comprennent tout, et les vieux parce qu’ils ont tout compris mais n’y connaissent plus rien. » Après des années d’école semblables à un électroencéphalogramme plat, elle rencontre Maryse, compagnonne de galère flanquée d’attributs peu reluisants – « Maryse, elle a été dessinée au crayon gras » – qui causera sa perte.
Le personnage de Léonie interpelle. Sauvage par nécessité plus que par nature, on l’aime d’entrée de jeu malgré ses actes répréhensibles. Le regard qu’elle pose sur la vie évolue au fil du temps, passant d’une vision éclairée à un constat de plus en plus sombre, cynique, alternant éclairs de folie et de lucidité. Léonie cherche l’amour où elle peut et le trouve dans les objets les plus banals, comme un vêtement sorti du séchoir – « Tout ce qui est chaud vient de l’amour » – ou une infinité de paires de lunettes stockées dans une cave. Ces objets finissant par s’animer autour d’elle, on se retrouve dans un délire tantôt plaisant, tantôt inquiétant, quelque part entre Lewis Carroll et Boris Vian.
Aurélie Giustizia illustre superbement l’incapacité de l’être humain à avancer sans amour. En chemin elle dispense un regard aiguisé sur le monde et sur le temps qui passe : « Nous sommes tous debout, pieds collés, sur un immense escalator qui monte et monte encore. Au sommet, le vide. Dessous lui, après une longue chute, un panier usé : c’est le Panier à Vieux. Quand nous atterrirons sur tous ces corps chiffonnés, nous glousserons ensemble en regardant vers le haut et nous prierons très fort pour en voir tomber d’autres. Et il en tombera. » Son écriture est allègrement surréaliste, son imagination débordante. Délicieusement belge ?
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