Bon voilà, c'est l'histoire d'une adulte qui revient sur le divorce de ses parents lorsqu'elle avait dix ans et tente de comprendre ses blessures. Dit comme ça, on s'en passerait...
LireUn jour ce sera vide Hugo Lindenberg
Par Dominique de Poucques – 07 janvier 2022
Ce premier roman du journaliste Hugo Lindenberg est une formidable immersion dans le monde de l’enfance à travers la pensée d’un garçon de dix ans en vacances avec sa grand-mère sur la côte normande. Le récit se passe entre rêves, souvenirs et réalité. Les journées se passent sur la plage, consacrées à l’observation des « vraies familles », jusqu’à la rencontre avec Baptiste, qui cristallise les soupçons du jeune garçon : la famille parfaite existe donc, et il vient de s’y faufiler. Il se fracasse alors contre la difficulté à gérer ses émotions : honte, affection, jalousie, peur, amitié amoureuse se mélangent dans son jeune esprit encombré du souvenir des morts, de monstres, de la voix des méduses. L’enfant ne connaît pas la tranquillité qu’il repère d’un coup d’œil chez autrui : « Baptiste écoutait sagement le visage levé et je me disais que sa vie entière était une cérémonie. Quand Baptiste se lavait les dents ou laçait ses chaussures, il le faisait avec la grâce de ceux qui se savent observés et qu’on a délivrés de leurs monstres. »
Le monde adulte autour de lui, qu’il scrute inlassablement, est depuis longtemps fait d’absences, de silences et de mensonges, l’empêchant d’ancrer son identité, de comprendre sa religion ou de prétendre à un bonheur autre que fugitif. Baptiste et sa famille agiront comme un révélateur : « À Baptiste j’ai tout dit […] Mentir à Baptiste, ça aurait été comme mentir à la plage, à la mer. Ça aurait été comme mentir à un arbre. […] Alors j’ai dit la mort exprès. Pas l’accident, mais la mort volontairement. L’abandon. Je me suis rendu compte que le silence, celui des autres, mais le mien aussi, m’avait empêché de penser comment. Comment la mort. »
Le romancier fait l’économie de réelles explications, se refusant à nous donner les clés d’un lourd passé. Comme l’enfant narrateur, le lecteur avance à l’aveugle sur cette plage normande, amarré à ce texte fort écrit dans une langue au style particulier et au rythme envoûtant. « Un jour ce sera vide » a reçu 4 prix littéraires, dont celui du Livre Inter 2021.
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