Les guerriers de l’hiver Olivier Norek

Par Dominique de Poucques – 11 janvier 2025

En 1939, Staline envahit la Finlande afin de protéger sa frontière proche de Léningrad, craignant qu’Hitler utilise le territoire finlandais pour arriver en Russie. Cette guerre qu’il pense gagner en deux semaines durera trois mois, devenant un cauchemar pour les Russes, élevant les soldats finlandais au rang de héros. L’attaque a lieu au pire moment de l’hiver et les Russes, arrogants ou incompétents, ne sont en rien préparés à affronter les conditions climatiques extrêmes et la force de conviction des Finlandais. Ceux-ci, maîtres de leur terrain, se déplaçant à skis, vêtus de combinaisons de camouflage blanches comme la neige, armés de matériel léger, empêchent l’armée rouge d’avancer de plus de 10 km dans leur territoire. Un élément primordial les différencie : les Russes obéissent aveuglément aux ordres absurdes de Staline, terrorisés par la folie meurtrière de celui-ci, qui a décimé sa propre population et son armée dans son délire paranoïaque. Quant aux Finlandais, pour beaucoup des fermiers et des gamins, ils se battent avec la nécessité et la conviction de sauver leur pays, leurs familles, leurs fermes. La plupart ignorent au moment de la conscription s’ils voudront – pourront ? – tuer un homme. Dès la première embuscade finlandaise, la peur s’installe côté russe, une légende naît : celle de Simo Häyhä, le sniper qui ne rate jamais sa cible, malgré les distances impossibles, malgré le froid qui tue quiconque restant immobile. Il ne peut être que surhumain. Lorsque s’achève la première journée de combats, soixante morts sont à déplorer chez les Finlandais, contre deux mille Russes. Dans les premiers temps, les jeunes soldats finlandais sont pourtant loin de se réjouir. Non préparés à rencontrer – encore moins à provoquer – la mort, certains doivent être évacués, soudain atteints de cécité, de mutisme ou d’amnésie. Du côté de l’armée rouge, c’est l’incompréhension totale. Cette guerre qui ne devait pas durer s’éternise dangereusement et les « officiers politiques » défilent sur le terrain, imposant des ordres démentiels, loin de la réalité des combats, dans le seul espoir de plaire à Staline : « Je crains davantage Celui pour qui on se bat, que ceux contre qui on se bat. », dira un de ces Politruk. La propagande soviétique est massive, louant l’efficacité de l’armée rouge, et aucun corps russe n’est rapatrié, car aucune perte humaine n’est officiellement communiquée.

Olivier Norek, habitué au polar, sait raconter une histoire. Alors que l’entièreté de celle-ci se déroule sur un champ de bataille, il parvient à tenir le lecteur en haleine grâce à la mise en lumière de personnalités historiques fortes, à l’image du capitaine Juutilainen, décrit à merveille dans ce paragraphe : « Une société en paix rejette ces bêtes dont la guerre a besoin, ceux qui ne sont en harmonie qu’avec le chaos, comme apaisés dans la discorde. Sous le feu nourri, ils sortaient les premiers en hurlant des tranchées, ils riaient avec la mort comme avec une amie, et puisque même un colonel ne pouvait trouver de muselière assez solide pour ces chiens de guerre, c’est à eux qu’échouaient les missions dont on doutait du succès, car ils étaient prêts à tous les sacrifices, et donc sacrifiables.

  • Nous vous laissons quelques mortiers et une mitraillette, et dois-je le préciser, c’est uniquement pour vous défendre. Vous défendre ou partir avec les honneurs. Vous ne faites qu’observer, c’est bien entendu ? Vous n’engagez aucun conflit armé.
  • A vos ordres, promit Juutilainen qui n’avait plus écouté après « mortier » et « mitrailleuse ».

Le travail de documentation est colossal et jamais il ne raidit le souffle romanesque apporté à l’histoire. Le roman est passionnant en ce qu’il décrit ce pan mémorable de l’Histoire et, bien sûr, en ce qu’il résonne tristement avec l’actualité internationale.

Parution : 29/08/2024
488 pages

Retrouvez ce roman aux Editions Michel Lafon

DES LIVRES QUI POURRAIENT VOUS PLAIRe...

Disparaître | Lionel Duroy

Ce roman autobiographique semble une fois encore servir de thérapie à l’auteur qui toute sa vie a tenté de guérir de la « tristesse abyssale » qui l’habite par deux...

Lire

Le gosse | Véronique Olmi

Orphelin de père, Joseph vit dans l’amour de sa mère et de sa grand-mère dans un quartier pauvre de Paris dans les années vingt. Lorsque sa mère meurt, il tente...

Lire

Haute-folie | Antoine Wauters

Une fois encore, l’auteur hypnotise le lecteur par la beauté de son écriture, qui apparaît flamboyante dans cette histoire tragique.

Lire

La Variante chilienne | Pierre Raufast

De sa plume limpide, ciselée, l'auteur de "La fractale des raviolis" confirme et réussit un second roman brillant où les petites histoires révèlent l'universalité.

Lire

Prudence et Passion | Christine Jordis

Christine Jordis est journaliste, écrivain, critique littéraire et éditrice, depuis toujours passionnée de littérature anglaise. Dans cet ouvrage, cette inconditionnelle de Jane Austen transpose les personnages du roman « Raison et...

Lire