Armel Job remonte le fil du temps jusqu’à sa propre enfance, donnant à son récit une connotation plus personnelle encore qu'à son habitude.
LireLe passager d’Amercœur Armel Job
Par Dominique de Poucques – 20 février 2024
Armel Job remonte le fil du temps jusqu’à sa propre enfance. Momo, personnage principal de son dernier roman, en a fait partie. C’est lui le petit passager sur le pont d’Amercoeur, fraîchement arrivé de l’orphelinat, promené par sa nouvelle maman dans un panier à vélo. Est-ce de cette adoption que viennent ses rapports difficiles – incompris ? – avec les femmes qui traversent sa vie ?
Armel et Momo, enfants, ont des rêves d’avenir. Lors de leur camp scout, campant au milieu des champs, ils observent régulièrement cette femme élégante accoudée à la balustrade de sa grande villa sur les hauteurs. Momo est catégorique : un jour, cette maison lui appartiendra. Des années plus tard, alors qu’il est une ancienne gloire du football local, la mort s’invite au village et refait parler de cette villa convoitée.
Chez Job, les apparences sont toujours trompeuses. Le belgicisme est savoureux, l’attachement à la Wallonie, viscéral. L’humour est discret mais bien présent : où ailleurs trouve-t-on dans un commissariat « les portraits du Roi Baudouin et de la Reine Fabiola séparés par le calendrier des pompiers » ? Les touches poétiques sont semées ça et là, au milieu de l’habituelle observation des comportements, typique du romancier. L’âme humaine est scrutée, révélant tour à tour noirceur et éclat alors que chacun s’érige aisément en juge ou enquêteur. « La vérité, cependant, n’est jamais qu’un horizon. »
Armel Job sait parfaitement comment donner une saveur caractéristique à son récit, qui trouve tout naturellement sa place dans l’œuvre construite par le romancier belge. Celui-ci nous a habitués à ce temps d’arrêt, moment de flottement surgissant parfois à la fermeture d’un livre, permettant une réflexion – une introspection ? – nécessaire. Le temps de cette pause, l’histoire, les personnages, le sens s’ancrent en nous. La connotation personnelle manifeste dans cet opus décuple encore ce sentiment et l’auteur nous touche pour avoir tenu à rendre à un de ses personnages – une personne – sa dignité.
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