C’est un premier roman intense qu’a écrit dans l’urgence Dorothée Caratini. Urgence de dire l’indicible, de raconter le drame qu’elle vient de vivre. Pour pouvoir l’intégrer, pour être mieux comprise...
LireRécit de la dernière année Jacqueline Harpman
Par Dominique de Poucques – 25 mai 2023
Ce roman s’inscrit superbement dans l’œuvre de Jacqueline Harpman. L’immense écrivaine belge disparue en 2012 a construit un travail littéraire résolument féministe, à une époque où le mouvement ne ressemblait en rien à ce qu’il est de nos jours. L’auteure s’y engage dès ses premières parutions à la fin des années 50, avec finesse et élégance. Pas de revendication criarde, plutôt la mise en évidence d’héroïnes fortes, déterminées, aux idées avant-gardistes, luttant contre les carcans propres à leur époque, s’appropriant la place qui leur convient, à mille lieues des conventions. Les hommes ne sont pas absents de l’œuvre. Jamais considérés comme ennemis, ils sont des figures bienveillantes, aimantes, adjuvantes jouant un rôle dans ce féminisme fin et élégant. C’est d’ailleurs peut-être l’élégance qui caractérise le mieux l’auteure, à travers les portraits brossés de ces femmes, dans cette écriture sublime, cette syntaxe parfaite, ce langage par endroits si joliment désuet, servant un propos parfaitement moderne. Cet ouvrage-ci, publié en 2000, retrace la fin de vie de Delphine qui apprend à 50 ans qu’un cancer la condamne, devant faire face à l’idée de sa propre mortalité, ainsi qu’à l’effroyable peine qu’elle inflige malgré elle à sa mère et à sa fille. Ces trois générations de femmes vont apprendre à communiquer avec une nouvelle donne ; l’occasion pour chacune de passer par l’introspection. Les liens familiaux sont analysés, des vérités jamais pensées surgissant alors, comme celle du fils : « Je ne la connais pas, dit Paul à Mathilde. Je suppose que je l’ai vue vivre, mais que je regardais ailleurs. »
Jacqueline Harpman saisit entre ces lignes l’opportunité de se situer dans l’histoire. Elle interrompt par moments le récit, se décrit observant ses personnages, commentant leurs réactions, plaçant son point de vue au milieu de leur baroud. Elle interroge sa propre relation à la mort, la superposant à celle de son héroïne: « Delphine Maubert pleure et je pleure avec elle, car je ne sais plus ce qui est d’elle et de moi, je ne veux pas qu’un jour sur la feuille à demi écrite ma main se desserre et lâche son emprise sur la plume, je jure de ne pas me résigner et si je dois mourir, s’il est vrai qu’on y échappe pas, ce sera dans la colère, la fureur me soutiendra au-delà du temps prescrit et mon dernier souffle servira à maudire ce qui me vainc. » Cette colère face à l’inéluctable n’est pas sans rappeler celle du personnage principal de « La dormition des amants », un autre de ses magnifiques romans.
On reçoit comme un cadeau quelques belles réflexions sur l’âge : « Jadis, je m’en souviens, je croyais qu’on perd tout quand on perd la jeunesse : on ne perd que l’impatience. »
Ce récit de la dernière année ne fait pas exception ; il est un joyau qui rappelle l’immensité du talent de la femme de lettres et psychanalyste tant regrettée.
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