On se marre, on s'émeut, au fil de cette savoureuse galerie de portraits. Le ton est juste, sans pathos, l'analyse toute subtile de ce sentiment étrange que celui de vieillir,...
LireEt vous passerez comme des vents fous Clara Arnaud
Par Dominique de Poucques – 02 mai 2024
Gaspard, jeune berger, emmène chaque été son troupeau de brebis profiter de l’herbe fraîche des altitudes pyrénéennes. Jean, aujourd’hui octogénaire, lui a en peu de mots appris ce beau et rude métier, la vie à l’estive, la nature sauvage. La récente réapparition de l’ours dans la montagne attise les tensions les plus vives au sein du village. Une biologiste est mandatée pour observer le comportement d’une ourse tenue pour responsable de la mort d’une bergère l’année précédente. Les débats sont animés, entre ceux qui veulent la peau de l’ourse et ses plus ardents défenseurs. Impliquée dans la controverse, Alma, la jeune éthologue obsédée par l’animale et sa protection, peine à trouver la juste distance entre sa mission et son amour immense pour la nature. « Il y avait dans la démarche, le regard, le corps en mouvement de ces bêtes, leur singularité, leur imprévisibilité, quelque chose qui échappait au contrôle, à la statistique, qui se déjouait des politiques publiques et des conflits territoriaux, une nécessité propre, une poésie, cette part sauvage qui avait résisté dans les interstices du monde. » Entre les deux camps, Gaspard tente de surmonter le traumatisme de l’accident de la saison dernière. Lui respecte la bête autant qu’il la craint. Gaspard et Alma se ressemblent en ce qu’ils ont tous deux quelque chose à prouver : elle, car elle est une femme et doit redoubler d’efforts pour être considérée dans ce milieu ; Gaspard, à lui-même, alors qu’il est perclus de doutes sur sa capacité à poursuivre cette voie depuis l’attaque de l’ours qui a ouvert une brèche en lui.
Clara Arnaud dépeint cette vie pastorale simple, austère et belle, rythmée par les saisons et les bêtes, dépendante d’un brusque changement dans le ciel ou de l’éclosion précoce d’un bourgeon, contrastant furieusement avec le reste du monde, clamant que « le vivant ne se laisse pas circonscrire dans d’inamovibles agendas ». Malgré tout, l’existence des bergers n’échappe pas à l’évolution et à de nouveaux impératifs économiques. Surtout, la présence nouvelle du prédateur dans les montagnes change radicalement la donne, amenant le danger, ravivant une crainte ancestrale : « Fréquenter l’ours, c’était ressentir la peur tripale qui vous saisit dans une traversée de crête engagée, une sortie en mer par gros temps, on maitrisait certains des paramètres de risques mais il y avait toujours une part d’imprévu, la possibilité de la mort. » L’auteure étaie sont récit de chapitres consacrés à un jeune montreur d’ours parti de ces mêmes montagnes un siècle plus tôt pour faire fortune à New York. Une manière de rappeler l’ancienneté du lien entre l’homme et le plantigrade, pour le meilleur et pour le pire. Le roman rappelle la rudesse et la beauté de l’existence dans une ruralité dépendante des largesses comme des exigences de la nature dans ce qu’elle a de plus sauvage.
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