La maltraitance des enfants placés en institution scolaire ou religieuse a fait couler beaucoup d’encre. Maud Simonnot traite le sujet avec délicatesse, d’une écriture franche et belle.
LireMadelaine avant l’aube Sandrine Collette
Par Dominique de Poucques – 08 octobre 2024
Sandrine Collette avait écrit en 2022 le remarquable « On était des loups », prix Jean Giono et prix Renaudot des lycéens. Elle est de retour en cette rentrée littéraire avec « Madelaine avant l’aube ». Certains thèmes abordés sont communs aux deux ouvrages : l’enfance et les liens familiaux, les relations qu’entretiennent l’homme et la nature, celle-ci implacable et cruelle.
Madelaine est une enfant sauvage dont on ignore le passé, qui arrive un jour dans la vie d’une famille installée en lisière du village de la Foye, dans le lieu-dit des Montées, un ensemble de trois maisons entourées de champs et de forêts. Des sœurs jumelles, leurs maris et les enfants d’une des sœurs y vivent une rude existence de labeur, inféodés comme tous les villageois au Maître qui possède les terres, et à son fils brutal et fou. Ces paysans, gens de peu de mots, abrutis de travail, ne remettent pas en question le grand ordre des choses : « Que la vie soit mal faite, nous le savons tous. Nous avons la conscience aigüe de l’imperfection du monde ; les terres pourraient être partagées équitablement, et la richesse, et le travail et la maladie. L’amour aussi. Mais le monde n’est pas juste. Nous avons toujours été des gueux et nous avons toujours eu des maîtres. Nous ne savons pas d’où cela vient. De l’éternité sans doute. »
Madelaine est acceptée par tous, modifiant sans le vouloir la dynamique familiale. Le patriarche l’aimera « comme son quatrième fils », même s’il pressent que de son côté indomptable pourrait surgir un grand malheur. Alors que la nature se fait avare et qu’arrivent la misère et la famine, courbant chaque jour davantage les hommes, la jeune sauvageonne commet l’irréparable.
L’écriture est profonde, tendue. Le prologue crée un suspense et une tension remarquables d’entrée de jeu. La description de ce monde rural dans lequel par la force des choses, à fortiori des éléments, tout est de courte durée – les joies comme les peines – confirme le talent de raconteuse de Sandrine Collette. Le lecteur est au plus près de ce village et ressent quasi viscéralement les émotions décrites, comme la faim de ces mères qui « regarderont ailleurs quand les enfants mangeront leurs petits pains chauds à la fin de la cuisson, regarderont ailleurs pour ne pas dire aux pères qu’elles ont cédé, ne pas sentir non plus leurs estomacs qui tirent, elles ramasseront les miettes, elles diront que cela leur suffit. » Ou encore à travers les mots des hommes : « Nous sommes dévorés par ce devoir de puissance, obligés d’être invulnérables, de refouler nos peurs et désespoirs au fond de nos ventres. Nous crevons du manque d’amour. »
L’auteure poursuit son œuvre, superbe et puissante.
Retrouvez ce roman aux Editions JC Lattès
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