Les Rues Parallèles Gérald Tenenbaum

Par Dominique de Poucques – 1er janvier 2026

On n’entre pas dans un recueil de nouvelles comme on entrerait dans un roman. Souvent on le goûte, on le tâte, quelques pages par-ci, quelques lignes par-là. Le temps de lecture, s’il est plus court, est inversement proportionnel à celui de l’imprégnation. Car en plus du sens propre à chaque histoire, on ressent, ou on recherche forcément une unité, une harmonie. Gérald Tenenbaum, usant de toute sa maestria, nous emporte ici en faisant planer un grand nombre de thèmes communs à ses textes. Tous parlent à notre âme, tous parlent des âmes. Souvent un homme, une femme, un passé commun ; les blessures et l’absence, aussi. Des vies et des souvenirs qui se superposent ; le réel et le rêvé qui s’enlacent. La création qui se fait langage ; la lumière et ses jeux comme fil conducteur. Les arbres comme témoins silencieux, ou peut-être pas tant que ça. La mort, pas toujours comme une fin. Le temps, les rues, les avenues, les places dessinées, lieux de rencontres et de rendez-vous. Les choix que nous faisons et le destin, maître du jeu.

Fidèle à lui-même et fort de la richesse de son écriture, l’auteur parvient à ajouter au sens une résonance, produisant par moments cette petite musique qui sublimait déjà son texte dans L’affinité des traces. Ecoutez plutôt : « Quelques notes sur le carnet noir, quelques chansons qui reviennent dans le soir, le roman à Paris, sans bruit et sans fureur, est sorti de nulle part, il a pris forme et sens, les couleurs de l’absence, la source et la résurgence. »

Une des nouvelles prend la forme d’un véritable conte, joliment assumé puisqu’il n’hésite pas à l’entamer par la formule magique : Il était une fois. D’autres, et c’est tant mieux, peuvent appeler à la relecture, un approfondissement pour être pleinement savourées.

Dans une période troublée, le travail d’écrivain prend tout son sens lorsqu’il fait résonner en nous des thèmes comme le souvenir et la transmission. Gérald Tenenbaum, poète érudit, le fait superbement et nous offre un cadeau, rappelant que la souffrance et la fraternité n’ont pas à être éloignés : « Le plus souvent, ceux qui souffrent s’ignorent les uns les autres. Ils se croisent sans se rencontrer, ils glissent sans se dérouter, ils passent de côté, paquebots prisonniers de sillages prédestinés. Mais, de temps à autre, à la faveur d’un rayon de lune ou de soleil, un rapprochement se produit. Une impalpable tension imprègne l’atmosphère. On ne va pas nécessairement jusqu’au regard, encore moins jusqu’à la main tendue, non, c’est trop tôt, mais l’air diffuse une aura de contiguïté, de coudoiement. »

Parution : 02/10/2025
131 pages

Retrouvez ce roman chez les éditeurs Cohen & Cohen

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